Un musée à la gloire de Strasbourg

© R.A.N. - Fresque monumentale réalisée par Léo Schnug qui se déploie dans l’entrée du musée historique de Strasbourg
© R.A.N. - Fresque monumentale réalisée par Léo Schnug qui se déploie dans l’entrée du musée historique de Strasbourg
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Strasbourg, phare européen, capitale rayonnante du monde rhénan, méritait un musée à la hauteur de ses hauts faits. On y retrouve la mémoire de grands noms, nés dans la capitale alsacienne, qui ont fait l’histoire de la République française.

Raconter l’histoire de la ville, du Moyen-Âge à l’année 1949 en passant par la Révolution, telle est l’ambition du Musée Historique de Strasbourg. Logé depuis 1920 dans l’Ancienne Grande Boucherie, à deux pas de la cathédrale, il perpétue le souvenir de grands hommes ; leur itinéraire croise ceux de simples citoyens dont on découvre le quotidien à travers les costumes ou le mobilier.

L’entrée dans le musée, qui s’effectue depuis la rue du Vieux-Marché-aux-Poissons, place le visiteur devant une œuvre monumentale qui mérite à elle seule qu’on s’y attarde un long moment. Il s’agit de la fresque réalisée par Léo Schnug (voir article dans AT N° 12) qui met en scène l’entrée solennelle de l’empereur Sigismond à Strasbourg en 1414. Peintre génial et sulfureux, né à Strasbourg en 1904, Léo Schnug a légué ici à la postérité la création la plus spectaculaire de son parcours hors norme.

Dans le musée, la période de la Révolution française est certainement l’une des plus richement illustrées. On découvre ainsi que Strasbourg fournira sept généraux aux guerres de la Révolution et de l’Empire, dont Kléber et Kellermann.

Le nom de ce dernier, né en 1735, reste attaché à la victoire de Valmy qui mit fin à l’invasion de la France par les troupes prussiennes et autrichiennes.

Portrait du Général Kellermann par Lucile Foullon-Vachot

Portrait du Général Kellermann par Lucile Foullon-Vachot

Le héros de Valmy

C’était l’année qui suivit la fuite de Louis XVI en juin 1791, soldée par son arrestation. Le plateau de Valmy accueille le choc des troupes alors que la fougue des volontaires attachés à Kellermann surprend les Austro-prussiens. Le général français remporte la bataille, entouré par les cris de « Vive la Nation ! ». Le grand Goethe, présent sur les lieux, s’exclamera à son tour : « De ce lieu, de ce jour date une ère nouvelle de l’histoire du monde ». Avec Valmy, Kellermann portera un coup décisif à la monarchie chancelante.

Au Musée Historique, le général est représenté, dans un tableau de Lucile Foulot-Vachon peint vers 1820, dans une posture insolite. Il est assis, seul, un parchemin abandonné à ses pieds. Il faudra se rendre sur la place Broglie pour le retrouver dans une posture nettement plus martiale.

Contrairement à Kellermann, Jean-Baptiste Kléber, né en 1753, n’était pas d’origine noble. Fils d’un simple maçon, il dut faire ses preuves alors que la qualité de noble était indispensable pour évoluer dans l’armée. Aussi l’accomplissement de sa carrière s’amorcera-t-il vraiment avec la Révolution. Général de brigade, il sut se distinguer lors de la guerre de Vendée.

Une légende en Egypte

Mais c’est lors de l’expédition de Bonaparte en Egypte que sa légende voit le jour. Napoléon, s’apprêtant à regagner la France, lui confie alors le commandement suprême de l’armée d’Egypte le 22 août 1799. Kléber, au sommet de sa gloire, s’illustre lors d’une ultime victoire à Héliopolis contre les troupes turques et britanniques, reprend possession de la Haute-Egypte et soumet une révolte au Caire. Jusqu’à ce que la geste du roturier de Strasbourg prenne fin au quartier général du Caire où il est assassiné par un étudiant syrien fanatisé par les Turcs.

vue_historique_credit_M.Bertola

Sa gloire faisait déjà de l’ombre à Bonaparte, à tel point qu’on négligera de célébrer ses obsèques nationales. La dépouille sera disposée dans un cercueil au Caire puis inhumée au fort Ibrahim. Avant de connaître bien des péripéties car l’aventure ne s’arrête pas là. Le corps enseveli au château d’If en 1801 y demeure quasi oublié jusqu’en 1818 quand Louis XVIII accepte qu’il soit transféré à Strasbourg, sa ville natale. Il est alors déposé dans une chapelle de la cathédrale puis en 1838 sous une statue de bronze, au centre de la place qui va porter son nom deux ans plus tard.

Musée Historique de Strasbourg

03 68 98 51 60

Focus

Vent debout

Untitled-1Au musée subsiste la maquette en plâtre du projet de monument à Kléber réalisé par Philippe Grass. Figure éminemment républicaine, la statue achevée en 1840 trône au cœur de Strasbourg, représentant le général en pied, tenant la lettre de l’amiral Keith dans laquelle celui-ci exigeait la capitulation des troupes françaises.

Kléber aurait alors harangué ses troupes avec ces mots : « Soldats, on ne répond à une telle insolence que par des victoires ! ». Ce qui advint.