Saviez-vous que ? La Marseillaise : un hymne pour deux chanteurs

Tableau d’Isidore Pils, réalisé en 1849, représentant Rouget de Lisle chantant la Marseillaise pour la première fois chez le Baron de Dietrich. © R.A.N. - Musée Historique de Strasbourg
Tableau d’Isidore Pils, réalisé en 1849, représentant Rouget de Lisle chantant la Marseillaise pour la première fois chez le Baron de Dietrich. © R.A.N. - Musée Historique de Strasbourg
A-  |  A+
Deux Strasbourgeois très inspirés autour d’un même chant patriotique. Mais qui des deux, la légende ou le fonctionnaire, fut le premier à l’entonner ? Enquête chrono pour faire la part entre le mythe et l’histoire.

Les visiteurs du Musée Historique de Strasbourg se regroupent souvent devant le tableau d’Isidore-Alexandre Pils mettant en scène le capitaine de génie strasbourgeois Rouget de Lisle chantant la Marseillaise dans une posture fort théâtrale. La toile a été exposée pour la première fois à Paris en 1849. Le contexte politique se prête alors à une telle composition car la révolution de 1848 remet à l’honneur le fameux chant national. La légende est forgée à coups de pinceau réunissant dans un même personnage le chanteur et le compositeur. La scène se déroule chez le maire de Strasbourg, le baron de Dietrich, en présence de son épouse et d’invités.

En réalité, l’événement remonte à près d’une soixantaine d’années plus tôt quand la France déclare la guerre en 1792 au roi de Bohême et de Hongrie, François II, empereur du Saint- Empire. A Strasbourg, l’ambiance est survoltée et les esprits s’échauffent.

Un « chant de guerre pour l’armée du Rhin »

Chez Monsieur le Maire, on tient salon et on reçoit régulièrement des militaires comme Rouget de Lisle et Kléber, ou des artistes tels le musicien Pleyel. Que s’est-il passé exactement dans la soirée du 25 au 26 avril 1792 qui vit la naissance de la Marseillaise dans la maison de Dietrich ? L’événement est raconté dans une lettre de Madame de Dietrich adressée à son frère. La commande est venue de son époux qui a sollicité Rouget de Lisle, poète à ses heures, pour l’écriture d’un chant destiné à l’armée du Rhin. Rouget se présente à la soirée avec la commande. De Dietrich chante le morceau avec sa voix de ténor. Ce n’est qu’au lendemain de cette soirée que Madame de Dietrich arrangera la partition pour clavecin.

Raccourci pictural ? Falsification de l’histoire ? Le tableau de Pils aura en tout cas contribué à forger la légende d’un Rouget de l’Isle exalté, la main sur le cœur, dont l’image passera ainsi à la postérité.


Focus

Un baptême méridional

L’hymne patriotique, écrit et composé par Rouget de Lisle pour l’armée du Rhin et son commandant le maréchal de Luckner, circule de bouche en bouche. Les soldats l’adoptent tant et si bien que des volontaires marseillais le chantent en rejoignant leurs positions dans le nord de la France. C’est ainsi que « le chant pour l'armée du Rhin » deviendra « la Marseillaise ». Et le restera.