Le lièvre fait cavalier seul en Alsace

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Les concurrents ne manquent pas pour s’octroyer l’honneur de distribuer les œufs en période pascale. Une coutume à haute valeur symbolique illustrée par une pléthore d’artistes. Mais parmi tous les candidats, c’est le lièvre qui remporte la mise.

La poule, n’en parlons pas. Même si, tout naturellement, la mère pondeuse, c’est elle. Mais c’est de mythe et de légende qu’il s’agit. En période de Pâques, le langage est celui du sacré. Alors, dans la plupart des régions françaises, on s’accorde pour attribuer aux cloches la distribution des œufs dans les jardins. Mais en Alsace, il en va tout autrement. En lieu et place des cloches ailées rentrant du pèlerinage de Rome, la tâche est dévolue au « lièvre de Pâques » (« Oschterhaas »).

Et en Alsace, les enfants font bien les choses pour préparer le terrain au sprinter à longues oreilles. Ils lui installent – coutume qui ne se trouve nulle part ailleurs – un nid de catégorie 4 étoiles pour que le coursier un peu loufoque daigne s’y installer. Et y pondre les œufs tant convoités par les marmots.

Tout un programme que ce nid de Pâques (« Oschterhiesel »), bien aménagé, où l’on prévoit un gueuleton de choix afin d’y retenir l’hôte tant espéré. Il existe d’ailleurs des recettes pour en obtenir des œufs de toutes les couleurs. On lui proposera des raves ou des oignons rouges pour des œufs d’un bel écarlate, des boutons d’or ou des pissenlits pour un jaune lumineux, du persil ou des épinards pour un vert vif.

Mais pourquoi le lièvre ? Parce que cette créature hyperactive est la première à mettre bas dès l’arrivée du printemps. C’est un emblème de fécondité dont la figure est rattachée à celle de la déesse païenne Ostara, au visage de jeune fille et d’amante. La fête qui lui est dédiée consacre le retour de la belle saison après les rigueurs de l’hiver.


Focus

Le profane dans le sacré

Que vient faire un symbole païen dans une fête chrétienne ? En effet, l’œuf de Pâques a beau être un incontournable du temps pascal, aucun texte sacré ne mentionne sa parenté avec ce moment essentiel du calendrier. L’explication est à chercher, sans doute, du côté de la symbolique universelle de l’œuf portant en germe la vie nouvelle.

Il serait arrivé sur le tard dans les rituels chrétiens mais il n’en demeure pas moins bien implanté. Les œufs étaient proscrits pas l’Eglise au moment du Carême. Ce qui provoquait leur accumulation dans les foyers. On s’appliquait alors à les embellir avec force couleurs et décorations. Puis à les offrir. Une tradition qui se retrouve dès le Moyen Âge chez les chrétiens d’Occident.