Colmar racontée par ses enseignes

Saint Martin sur son cheval, suspendu au-dessus de l’entrée de l’hôtel portant le nom de ce symbole de la générosité et du partage. 
© Photo R.A.N.
Saint Martin sur son cheval, suspendu au-dessus de l’entrée de l’hôtel portant le nom de ce symbole de la générosité et du partage.
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Levez le nez ! Notre balade citadine de Pâques met à l’honneur quelques-unes des plus belles enseignes de la région. La capitale des vins d’Alsace peut se targuer d’en posséder une remarquable galerie. De plein air.

Depuis toujours, le commerçant emploie sa matière grise pour apporter le maximum de « visibilité » à sa profession. Tous les moyens sont bons pour attirer la clientèle. Outil de marketing avant la lettre, l’enseigne a prospéré très tôt, dès le Moyen Age, pour faire repérer une échoppe de loin. Haut placée, cette carte de visite grand format, plus ou moins ouvragée, captait les regards des passants. Et comme l’illettrisme était chose courante, l’image, sans les mots pour la dire, se faisait fort de montrer le chemin de manière évocatrice. Elle devait parler vite et fort. Le « m’as-tu-vu » était de mise. L’étymologie du mot lui-même en fait foi. En latin, « signum » évoque ce qui est « montré », « distinct ». Le « signe », vous l’avez compris. On ne peut le manquer.

Fais-moi signe, je te suivrai ! Sans sacrifier à la facilité, disons qu’il en est une, d’enseigne colmarienne, que l’homophonie invite à citer en premier : celle de la pharmacie du… Cygne.  C’est au 31 rue des Têtes. Une rue fameuse où on la perd facilement, la tête.

Le cochon bien présent

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© Photo R.A.N.

A cause d’un édifice étonnant baptisé « Maison des têtes ». Il y en a jusque sur le toit. Mais ceci est une autre histoire. Revenons à nos enseignes. L’enseigne du cygne est l’œuvre de Hansi, l’enfant terrible de l’illustration made in Alsace. Il a fait feu de tout bois en matière artistique. Et au rayon des enseignes conçues par Hansi, Colmar est particulièrement gâtée. Dans la même rue des Têtes, au N° 22, il y a l’enseigne des Deux Frères. Il n’y a pas à tortiller, c’est de charcute qu’il s’agit. Deux serveurs vêtus d’une toque et d’un tablier transportent à bout de bras des jambons de bonne taille bien dodus. On flashe de suite sur le message. Plus subtile est la présence d’un troisième personnage. Il s’agit de saint Antoine, plongé dans la lecture d’un livre tandis qu’un cochon l’observe avec attention. Histoire de nous rappeler que les Antonins étaient la seule communauté religieuse autorisée à laisser leurs porcs se nourrir dans les villes. Ils faisaient comme chez eux, voilà tout.

Saint Martin au sommet

Mais ce n’est pas tout. L’ordre des Antonins était voué au soin des malades atteints du « mal des ardents » dû à l’ergot de seigle qui faisait des ravages à l’époque médiévale. Ce qui nous mène inévitablement au musée Unterlinden (voir notre article) abritant le fameux retable d’Issenheim qui raconte le terrible fléau dans une scénographie en traits de feu. C’est fou tout ce que peut contenir une enseigne !

Au N° 25, c’est la boulangerie Musslin. Et en Alsace, qui dit boulangerie dit… bretzel. Signé Hansi, un bretzel géant est bien là, suspendu entre ciel et terre.

Autre saint, autre adresse. Le magasin Saint-Martin, installé au N°5 de la rue des Marchands, est doté d’une enseigne en forme de lanterne représentant le saint patron de la collégiale partageant son manteau avec un pauvre hère allongé sur le sol.

Nous avons donc affaire à une boutique de vêtements. Pas sûr que le patron accepte de vous vendre la moitié seulement d’un manteau mais vous pouvez toujours tenter votre chance. L’oncle Hansi, dans sa composition en ombre chinoise, a situé la scène entre la collégiale, la chapelle du lycée, le château d’eau et les armes de Colmar. Le sens du détail…

Un musée à ciel ouvert

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© Photo R.A.N.

Charcuterie encore et toujours. Eh oui, vous êtes au pays de la bonne chère. La maison Zimmerlin sise au N°7 de la rue des Serruriers met en scène l’éternel cochon rose, cette fois tenu en laisse par une petite fille à la coiffe alsacienne. Tout autour de l’enseigne, c’est une débauche de saucisses encadrant un lion couronné. La plupart des enseignes sont sorties des ateliers E. Greiner.

Saint Martin rapplique encore mais cette fois le nécessiteux est debout, appuyé contre le cheval de son protecteur. Ce n’est pas du Hansi mais c’est toujours efficace. L’enseigne vous invite à vous installer dans l’hôtel éponyme qu’elle représente, pour un moment de détente et de repos.

D’autres enseignes ne manqueront certainement pas d’attirer vos regards tout au long de votre balade colmarienne. Faisant des rues de la cité haut-rhinoise un musée à ciel ouvert exhibant ces bijoux, parfois centenaires, dont le charme prend de plus en plus de valeur au fil des ans.


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